Benoît Coquard, sociologue : « Dans certains milieux ruraux, la culture anti-études reste très forte »

Les études supérieures ne sont pas considérées comme la seule voie à suivre pour « réussir sa vie », analyse le chercheur en sociologie. Il existe d’autres logiques de valorisation sociale dans ces territoires.

           

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Je suis fille d’agriculteurs. J’ai grandi en France rurale.
Là où on se coltine tous les profs retraités qui en ont plus rien à faire. Là où l’instit de primaire a expliqué au voisin que son fils allait reprendre la ferme, donc il n’avait pas besoin de réussir à l’école. Là où il n’y a pas de moyens, parce que, c’est bien connu, y a que les gens des villes qui veulent une éducation.
Ma mère a eu 5 enfants, elle m’a appris à lire et à eu une approche quasi-militaire de l’éducation de ses enfants. Les devoirs étaient vérifiés systématiquement et elle était exigeante. On est 4 à avoir eu le bac, dont 3 avec mention. Ma sœur a une licence de lettres et un diplôme de maraîchère, j’ai un master 2 de recherche d’anglais, mon autre sœur a un bac S avec mention qu’elle a passé par le CNED en faisant le conservatoire de danse classique et ma sœur malentendante a un bac pro.
Le fils des voisins (agriculteurs) a un doctorat. Une autre voisine travaille dans l’événementiel. Une autre a fait des études scientifiques avant de partir au Japon. Elle a aussi fait le conservatoire de piano. Une autre jouait de la flûte alto.
Comme quoi, même si ils sont laissés sur le carreau, même si ils vivent dans des déserts culturels parce que tout l’argent va dans les villes, les gosses des champs sont intelligents, et leurs parents veulent qu’ils aient une bonne éducation.

PS: pour être agriculteur, il faut le bac. Minimum.


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